Fri. Oct 23rd, 2026

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Et si, demain, voter devenait un verbe actif…

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Par la Rédaction

L’acte de voter en Haïti devrait peser bien plus lourd qu’un simple passage devant une urne. Il engage l’avenir d’un pays où l’État a reculé, où les institutions sont affaiblies et où la population n’a jamais eu accès aux conditions minimales d’un choix éclairé. C’est précisément pour cela que les candidats à la présidence doivent être confrontés à des engagements mesurables, crédibles et compatibles avec les capacités réelles de l’État haïtien.

La transition énergétique, par exemple, ne peut plus relever du slogan. L’expérience du Costa Rica montre qu’un pays sans ressources fossiles peut réorganiser ses infrastructures, mais seulement grâce à une stratégie cohérente, financée et institutionnellement solide. Les prétendants au pouvoir doivent donc expliquer non pas s’ils veulent des énergies renouvelables, mais quelles institutions, quels financements, quelles agences régulatrices les mettront en œuvre.

Même exigence pour l’accès à l’eau potable, la modernisation de l’administration, l’identification des citoyens ou la création d’un véritable État numérique. Des réformes aussi ambitieuses supposent de reconstruire les capacités administratives de base, aujourd’hui fragmentées, infiltrées ou inexistantes. On ne modernise pas une bureaucratie qui n’a ni registres fiables, ni bases de données, ni continuité fonctionnelle.

Reste la question territoriale, essentielle et trop souvent esquivée. Port-au-Prince est devenu un chaos urbain ingérable. Cap-Haïtien se transforme à vue d’œil en vitrine fragile exposée aux risques environnementaux, à la spéculation foncière et à l’absence totale de planification. Continuer à empiler des projets sans cadastre, sans autorité urbaine, sans vision nationale revient à aggraver une catastrophe déjà en cours.

Sur le plan économique, la contrebande et les circuits parallèles siphonnent chaque année des dizaines de millions de dollars au détriment du budget public, tandis que le trafic d’armes prospère sur l’effondrement de l’État. Les candidats ne peuvent pas promettre la sécurité sans affronter frontalement les réseaux qui les financent parfois. Là encore, l’enjeu n’est pas de dénoncer : il faut dire quelles institutions seront dotées de quels pouvoirs, de quels effectifs, de quels outils technologiques.

Haïti ne pourra rien accomplir si sa diplomatie continue à tendre la main pour quelques miettes d’aide. Le pays doit définir une doctrine claire : quels partenariats sont stratégiques ? Quelles contreparties peut-il offrir ? Sur quelle base renégocier son rapport à la communauté internationale ? Sans ce cadre, le discours sur la « souveraineté » ne restera qu’une posture.

La liste des défis est longue, mais elle ne doit plus servir de paravent. La campagne électorale doit être l’occasion d’imposer ces questions dans l’espace public, non sous forme d’incantations, mais à travers une confrontation directe avec la réalité. Haïti n’a plus besoin de promesses. Le pays a besoin de preuves d’exécution, d’institutions capables d’agir et de candidats capables de dire comment.

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