Assassinat de Jean Léopold Dominique: 26 ans de procédures…
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Par la Rédaction
3 avril 2000 – 3 avril 2026. Vingt-six ans sans verdict. Le 3 avril 2000, Jean Léopold Dominique est abattu dans la cour de Radio Haïti-Inter. Le crime est commis en plein jour.
Plusieurs juges d’instruction se sont succédé sur ce dossier. Des suspects ont été identifiés, des mandats émis, des arrestations effectuées. Puis, des remises en liberté, des blocages procéduraux, des changements de juridiction, des délais accumulés. Aucun procès n’a eu lieu. Aucun verdict n’a été rendu.
Ce n’est pas une affaire oubliée. C’est une affaire maintenue en suspension permanente. L’affaire Jean Dominique est un cas d’école. Vingt-six ans de procédure sans verdict, ce n’est pas de la lenteur. C’est un résultat.
Jean Dominique est mort parce qu’il parlait. Parce qu’il était un journaliste d’une rare espèce. Ses assassins sont libres parce que le système a choisi de le laisser ainsi. Le message adressé à tous les journalistes haïtiens est donc double : on peut vous tuer, et on peut le faire sans jamais en répondre.
C’est ce message-là qui dure. Bien au-delà de l’homme. Bien au-delà du crime. Haïti figure parmi les pays où l’impunité pour crimes contre les journalistes est quasi-totale. Jean Dominique en est le cas le plus documenté, le plus médiatisé.
Porté jusqu’à Hollywood par le film de Jonathan Demme, il demeure pourtant l’un des cas les plus emblématiquement non résolus. Si même lui, ce modèle de journaliste irréprochable, n’obtient pas justice, qui peut espérer en obtenir ?
Une affaire non résolue ne reste pas neutre dans le temps. Elle travaille. Elle enseigne aux institutions qu’elles peuvent se soustraire à leurs obligations. Elle enseigne aux criminels que le temps est leur meilleur avocat. Elle enseigne aux journalistes que l’exercice de leur métier peut coûter la vie sans conséquence pour personne.
Et elle enseigne aux citoyens, progressivement, que réclamer justice est un acte vain. C’est peut-être le dommage le plus profond : non pas l’impunité d’un crime, mais la normalisation de cette impunité dans l’imaginaire collectif.
Jean Léopold Dominique. Assassiné le 3 avril 2000. Vingt-six ans de procédure. Zéro verdict. L’enquête se poursuit.

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