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Il n’y pas de pénurie de carburant en Haiti

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Spéculation sur le carburant. Le gouvernement annonce une hausse officielle des prix des produits pétroliers en renonçant à près de 70 % de ses recettes fiscales sur le carburant, des réseaux de spéculateurs sont déjà prêts à écouler ces mêmes produits dans des gallons jaunes sur les trottoirs, à des tarifs deux à trois fois supérieurs. Une manœuvre illégale que les appels à la « grève générale illimitée » du 6 avril 2026 semblent vouloir protéger.

Il n’y a pas de pénurie de carburant en Haïti. Il y a une pénurie organisée.

Les faits sont là, visibles de n’importe quel carrefour de la capitale : pendant que des dizaines de véhicules font la queue devant des stations officielles prétendument à sec, de jeunes revendeurs s’apprêtent à proposer, à quelques mètres de là, de l’essence et du diesel en gallons jaunes de cinq ou dix litres. Le prix ? Entre deux et trois fois le tarif réglementé. La source ? Les mêmes dépôts qui jurent ne plus rien avoir.

Ce mécanisme est connu des autorités. Il repose sur cette logique : anticiper l’annonce d’un réajustement tarifaire, constituer des stocks en amont, puis laisser artificiellement les pompes à sec le temps de revendre le surplus à prix fort dans l’économie informelle.

Contrairement aux lectures hostiles qui ont immédiatement circulé sur les réseaux sociaux, la mesure de réajustement des prix des produits pétroliers à la pompe ne constitue pas un abandon de la population : elle en est, au contraire, la traduction budgétaire la plus concrète.

Pour maintenir les prix à un niveau soutenable, l’Etat haïtien sacrifie environ 70 % des recettes qu’il pourrait légitimement percevoir. La quasi-totalité de la subvention implicite que les Haïtiens perçoivent à la pompe provient non pas d’une rente extérieure, mais d’un arbitrage budgétaire souverain.

Le gallon jaune en plastique est devenu l’emblème d’une économie de la pénurie fabriquée. On le trouve partout où les pompes officielles semblent « n’avoir plus rien » : aux carrefours de Pétion-Ville, de Delmas, de Carrefour-Feuilles, de Tabarre.

Sur le plan juridique, cette pratique est une infraction à la réglementation commerciale en vigueur : tout revendeur de produits pétroliers est tenu de disposer d’une autorisation d’exploitation délivrée par le MCI. La vente à la sauvette, à des prix non homologués, relève du marché noir. Elle prive l’Etat de recettes, expose les acheteurs à des produits dont la qualité n’est pas garantie, et alimente la spirale inflationniste que le gouvernement cherche précisément à enrayer.

A l’heure où des voix appellent à une « grève générale » au nom de la défense du pouvoir d’achat, ce sont ces mêmes dysfonctionnements, tolérés, qui lèsent le plus directement les ménages les plus vulnérables et qui dépendent du transport collectif pour travailler.

Depuis quarante-huit heures, des messages se propagent sur les réseaux sociaux : « Grève générale illimitée à partir du lundi 6 avril 2026. Interdiction de circuler pour les véhicules. » Aucune organisation syndicale reconnue, aucun front social constitué, n’a, à ce jour, endossé formellement cet appel avec un mandat légal clairement établi. Les noms qui circulent sont ceux de collectifs informels, de plateformes, dont certaines ont déjà servi de relais à des intérêts sectoriels lors de crises précédentes.

L’Etat doit renforcer les inspections commerciales. Le MCI dispose de prérogatives légales pour inspecter les dépôts de carburant et contrôler les niveaux de stocks réels par rapport aux déclarations d’approvisionnement.

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