Fri. Oct 23rd, 2026

Port-au-Prince Post

Informer Pour Changer

En Haïti, un père décapite son fils soupçonné de gangster : Quand l’État se retire, la justice privée avance

2 min read
Partagez cet article:

Dans la commune Les Anglais, arrondissement des Chardonières, dans le sud du pays, un père de famille a mis fin aux jours de son propre fils, qu’il accusait d’entretenir des liens avec les gangs armés qui ensanglantent le pays. Julihomme Espérance, dit « Joli », a été appréhendé le 10 mai dernier et a reconnu les faits devant le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance des Côteaux, Kinsley Benjamin. Un second individu, James Louis, a également été interpellé, bien que le suspect principal affirme avoir agi en solitaire.

Ce qui frappe dans ce dossier, c’est d’abord la trajectoire d’un homme apparemment dévasté par le contexte sécuritaire haïtien bien avant de passer à l’acte. Julihomme Espérance avait déjà perdu deux autres fils, Jonel et Mickenson, brûlés à Port-au-Prince par la population dans le cadre du mouvement populaire d’autodéfense connu sous le nom de « Bwa Kale » pour leurs liens présumés à des activités de gangs.

Lorsque son troisième fils, Onès, vint le rejoindre dans le Sud, le père affirme avoir rapidement constaté des comportements préoccupants : vols, fréquentations douteuses héritées des bases de gangs de Martissant. Des disputes répétées auraient culminé, selon ses déclarations, en menaces de mort proférées par le fils contre son propre père. Julihomme dit avoir alors tendu une embuscade à Onès avant de le tuer et d’abandonner son corps près d’un ravin.

Ce fait divers tragique n’est pas isolé. Il est le symptôme d’un mal profond : la déliquescence des institutions régaliennes haïtiennes. Dans un pays où la Police Nationale d’Haïti est chroniquement sous-équipée, où les tribunaux peinent à fonctionner faute de moyens, de magistrats et de sécurité, et où des pans entiers du territoire échappent au contrôle de l’État, les citoyens se retrouvent livrés à eux-mêmes face à la violence.

Le mouvement « Bwa Kale », né ces dernières années, illustre ce glissement dangereux : des foules désespérées ont commencé à lyncher des personnes soupçonnées d’appartenir à des gangs, faute de voir la justice agir. Résultat : des individus meurent sans jugement, parfois innocents, toujours sans procès équitable. Julihomme Espérance a, lui, appliqué cette même logique au sein même de sa propre famille.

Sur les réseaux sociaux, des voix s’élèvent pour réclamer sa libération, invoquant le contexte d’insécurité comme circonstance atténuante. Ce débat, aussi compréhensible humainement qu’il soit, soulève une question fondamentale : peut-on construire une société sur la justice privée ?

About The Author


Partagez cet article:

This will close in 0 seconds