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Valéry Fils-Aimé dresse le bilan de son deuxième mois au ministère de l’Environnement

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3 200 m³ de déchets retirés. 550 emplois créés. 11 partenaires internationaux rencontrés. En avril 2026, le ministère de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, publie son bilan mensuel. Les chiffres sont réels. Ce qu’ils cachent l’est aussi.

Le 25 avril, littoral du Cap-Haïtien. Une pelleteuse mord dans un amoncellement de déchets qui défigure la côte depuis des années. Des dizaines de travailleurs en gilets jaunes encadrent la scène. Le lendemain, même dispositif à Ouanaminthe, ville frontalière du Nord-Est. En quarante-huit heures, le Programme national Konbit Haïti Zéro Déchet, lancé quelques semaines plus tôt dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, vient de s’étendre à deux nouvelles villes.

Le bilan d’avril est concret : 3 200 mètres cubes de déchets enlevés, l’équivalent de plus de 300 camions-bennes. A Ouanaminthe, 350 mètres linéaires de canaux bouchés depuis longtemps ont été dégagés. Ce sont ces canaux qui, obstrués, transforment chaque pluie intense en inondation urbaine. À Delmas 60, dans la capitale, un dépôt sauvage a été supprimé et l’espace réaménagé. A Carrefour, commune densément peuplée au sud de Port-au-Prince, des équipes ont travaillé quartier par quartier.

Au total : 550 emplois directs créés en un mois, répartis entre les trois zones d’intervention.
Ces trois villes ne sont pas choisies au hasard. Cap-Haïtien est la deuxième ville du pays, longtemps négligée par le pouvoir central concentré à Port-au-Prince. Ouanaminthe est une ville frontalière sous tension économique permanente, dépendante du commerce informel avec la République Dominicaine. Carrefour est l’une des communes les plus peuplées et les plus pauvres de l’aire métropolitaine, régulièrement citée parmi les zones de forte insécurité.

Déployer des programmes visibles dans ces territoires, c’est affirmer une présence étatique là où elle fait défaut. Les 550 emplois créés ne sont pas que des salaires : dans des zones où les opportunités économiques légales sont rares, offrir un revenu immédiat à des jeunes hommes est aussi une façon de réduire leur vulnérabilité au recrutement par des groupes armés. Les spécialistes du développement appellent cela le cash-for-work conflict prevention: la prévention du conflit par le travail rémunéré. Le rapport n’emploie pas ce terme. Il parle d’activités HIMO, Haute Intensité de Main-d’Œuvre. C’est la même réalité, formulée en langage administratif.

Parallèlement aux chantiers urbains, une mission technique discrète se déroulait aux Gonaïves, quatrième ville du pays, régulièrement dévastée par les inondations. La Direction des Forêts et des Energies Renouvelables y a déployé un drone équipé de capteurs LiDAR, une technologie laser qui mesure le relief avec une précision centimétrique, pour cartographier le Morne Bienac, la montagne qui surplombe la ville.
L’objectif est de comprendre exactement comment l’eau de pluie ruisselle sur ces pentes dénudées par la déforestation, où elle s’accumule, quelles ravines elle emprunte, quels quartiers elle menace. Sans cette cartographie précise, toute intervention de reboisement ou de stabilisation des sols reste approximative.

Ce travail technique est important. Il est aussi révélateur d’un retard structurel : en 2026, des données géographiques aussi fondamentales doivent encore être collectées sur des territoires habités depuis des siècles. C’est la mesure du déficit d’État accumulé.

A Port-au-Prince, le Ministre a engagé une concertation avec les habitants riverains du Morne L’Hôpital, espace boisé qui surplombe la capitale et absorbe une partie des eaux de pluie mais que l’urbanisation grignote année après année. L’idée est de construire un plan de restauration avec les communautés concernées plutôt que de leur imposer des interventions de l’extérieur.
Sur le plan institutionnel, avril a été actif. De nouveaux directeurs départementaux ont été installés dans quatre régions: Nord, Nippes, Centre, Ouest, dans une logique de remise en ordre d’un appareil administratif territorial souvent démuni. Le Ministre s’est rendu en personne dans le Nord et le Nord-Est pour rencontrer les agents, entendre leurs difficultés: manque de véhicules, de matériel, de budget opérationnel et réaffirmer les priorités du Ministère.

Plus significatif : une commission interministérielle a été créée pour restructurer l’ANAP, l’Agence Nationale des Aires Protégées, chargée en théorie de gérer les parcs naturels et zones protégées du pays. Sa composition est inhabituelle. Elle associe non seulement le Ministère de l’Environnement, mais aussi ceux de la Justice, de l’Intérieur et de la Défense. Ce choix suggère que les aires protégées haïtiennes sont moins des espaces de conservation que des territoires disputés, occupés illégalement, difficiles à contrôler sans recours aux forces de l’ordre. La commission a un mois pour rendre ses recommandations.

Les 16 et 17 avril, à l’Hôtel Karibe de Port-au-Prince, le Ministère a organisé une table sectorielle réunissant l’ensemble de ses partenaires techniques et financiers, sous le patronage du Premier Ministre. Deux journées de travail : la première consacrée à un état des lieux des interventions en cours et à l’identification des priorités communes, la seconde à des ateliers techniques sur la gestion des déchets et celle des bassins versants, ces systèmes hydrologiques qui relient les montagnes aux côtes et dont la dégradation amplifie les catastrophes naturelles.

L’enjeu central de ces discussions : la création d’un fonds multi-contributeur, c’est-à-dire un mécanisme financier unique dans lequel plusieurs bailleurs internationaux verseraient leurs contributions, coordonnées et orientées vers des priorités définies conjointement avec le Ministère.

L’avantage théorique est réel, moins de dispersion, moins de doublons, plus d’impact. Mais ce type de fonds pose une question de fond : qui en contrôle la gouvernance ? Si les bailleurs y sont majoritaires, le Ministère risque de perdre la main sur ses propres priorités. C’est un équilibre délicat, encore en négociation.

En marge de la table, onze partenaires rencontrés en tête-à-tête : GEF, UNESCO, BID, Banque mondiale, PNUD, FAO, Chargé d’Affaires britannique, Ambassadeur du Japon, PADF, OIM, Heifer International. Une activité diplomatique dense, qui signale une volonté claire de diversifier les soutiens et de ne pas dépendre d’un seul financeur.

Le rapport annonce pour mai : extension du Konbit aux Gonaïves avec l’OIM, lancement de programmes de microfinancement communautaire, concours environnemental en milieu scolaire, activités pour la Journée internationale de la biodiversité.

Mais une question demeure, que le rapport n’aborde pas directement. Nettoyer est visible. Nettoyer est politique. Nettoyer est nécessaire. Nettoyer n’est pas suffisant. Sans système de collecte régulier, sans décharges contrôlées, sans éducation civique durable, les espaces libérés en avril se rempliront à nouveau. Ce que les urbanistes appellent le syndrome du coup de balai : une intervention ponctuelle, spectaculaire, sans lendemain structurel.

Le Ministère de l’Environnement haïtien avance vite, sur plusieurs fronts simultanément, avec des moyens limités et un calendrier politique incertain. C’est peut-être là sa contrainte la plus déterminante. En Haïti, gouverner, c’est souvent gouverner contre le temps.

Source : Rapport d’activités avril 2026, Cabinet du Ministre de l’Environnement Valéry Fils-Aimé, Gouvernement de la République d’Haïti.

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