Sortir du piège de l’inflation présidentielle en Haiti
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Par la Rédaction
En Amérique latine, la rareté fait parfois vertu dans les présidentielles. Une dizaine de candidats au Honduras. Cinq en Bolivie. Moins de dix au Chili. À peine une vingtaine au Costa Rica.
La Colombie annonce une dizaine de prétendants pour la présidentielle de mai 2026, le Brésil à peine davantage en octobre 2026. Peu de candidats, donc peu de bruit inutile : le débat y gagne en lisibilité, les lignes idéologiques se dessinent, l’électeur comprend, compare et tranche.
En Haïti, c’est l’inverse. Ici, la candidature est un réflexe, presque un rite de passage social. Dès qu’un individu aligne quelques millions de gourdes sur un compte bancaire, cumule une notoriété approximative, deux enfants, une épouse photogénique et un slogan vaguement patriotique, il se découvre une vocation présidentielle.
La fonction suprême devient une projection narcissique, un miroir tendu à l’ego. Les candidatures jaillissent alors de partout. D’illustres inconnus en quête de ligne prestigieuse pour embellir un CV; des opportunistes persuadés d’être « appelés » parfois par le peuple, souvent par Dieu lui-même ; des figurants politiques qui confondent ambition nationale et développement personnel.
À la fin, une cinquantaine de têtes, parfois plus, se disputent la même chaise, dans un brouhaha permanent. Le débat public s’en trouve saturé, pollué, dévalué. Les idées se noient dans la cacophonie, les projets sérieux disparaissent sous les slogans creux, et l’électeur, assommé, finit par se détourner.
Puis vient l’après qui rabaisse un peu plus : des candidats insignifiants, crédités de scores anecdotiques, hurlent à l’injustice. « Je ne suis pas 40e, je devrais être 9e. On a volé le vote populaire. Je n’ai pas obtenu 0 %, je conteste les résultats… » Cette inflation de prétendants n’est pas une preuve de vitalité démocratique.
Une démocratie qui confond pluralisme et foire électorale se condamne à l’illisible, puis à l’impuissance. C’est là, peut-être, l’une des grandes tragédies silencieuses de notre époque : trop de candidats et un pouvoir réduit à un fantasme collectif.

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