Thu. Oct 22nd, 2026

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Après le Nord, le MNT conquiert l’Artibonite

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Par la Rédaction

La vieille garde des politiciens ringards qui ont livré l’Artibonite aux gangs et aux armes doit-elle s’inquiéter ? Le Mouvement national pour la transparence (MNT-Toutouni), qui ne cache plus ses ambitions politiques, a réuni plusieurs milliers de sympathisants aux Gonaïves à l’occasion de son lancement officiel dans l’Artibonite. Une véritable démonstration de force, après celle enregistrée dans le département du Nord en décembre dernier.

Une pluie inhabituelle aux Gonaïves n’a pas atténué l’ardeur des sympathisants du MNT ce dimanche matin. Peu avant midi, ils commençaient déjà à se rassembler à l’Auberge du Pont Godin. Paysans, enseignants, étudiants, hauts dirigeants du mouvement, socioprofessionnels ont uni leurs forces pour rendre possible ce baptême de feu de la structure politique dans l’Artibonite, le deuxième département du pays en termes de population.

Dans l’assistance, il y a eu des leaders départementaux, des grandes gueules, déçus par des années de promesses non tenues envers l’Artibonite. Il y a eu des jeunes fatigués de la politique mais qui reprennent peu à peu espoir. Il y a eu des gens qui confient se lancer dans le marigot politique pour la première fois. Sur leurs lèvres fusent tantôt une pique à l’encontre des politiciens qui ont livré le département aux gangs, tantôt une frustration face à ce qu’est devenu ce qui pourrait être l’un des greniers de la République d’Haïti.

Aux Gonaïves, la terre sacrée de l’indépendance, le MNT a voulu démontrer sa force, sa légitimité, son amplitude sur l’échiquier politique national. Ce qu’on a vu sur le terrain, ce sont des sympathisants dévoués, des leaders engagés et qui croient dur comme fer au projet national qu’ils portent, des coordinations communales baignées dans la sauce du mouvement, né de la publication d’un brûlot politique en 2019 — le livre politique le plus populaire durant ces quarante dernières années en Haïti.

Justement, Pascal Adrien, membre fondateur du MNT, connu pour son engagement très tôt dans l’amazonie politique haïtienne, ne tremble pas à l’idée d’affronter les loups, les vieux lions aux dents longues. « Le président de la République sortira du MNT », pavoise-t-il, invoquant une « alliance idéologique » entre le Nord et l’Artibonite, sous les applaudissements nourris du public. Le coordonnateur aux affaires politiques du mouvement invoque la genèse des premiers pas du mouvement, parle de son implantation nationale qui ne s’arrêtera pas en chemin et dessine les contours des combats à venir.

Dans les différentes interventions, chaque responsable de coordination communale avait une expérience humaine à raconter, le fil d’une vie à dérouler et le sens d’un engagement pour le destin de sa communauté à expliquer. « Si on ne fait pas de la politique, ils vont la faire pour nous et vont continuer à détruire l’Artibonite et perturber nos projets individuels », explique l’un d’eux, non sans énergie, dans une allusion non feinte à un département devenu en grande partie l’arrière-cour des gangs criminels. Me Parking Pierre, coordonateur du MNT dans l’Artibonite, qui a œuvré corps et âme pour rendre possible cet événement politique, appelle les jeunes et les moins jeunes à voter pour des projets plutôt que pour des slogans creux.

Il faut dire que l’Artibonite, riche de ses plaines, de ses rizières, est aujourd’hui réduite à une peau de chagrin. Les agriculteurs abandonnent leurs terres sous le feu des gangs. Ces derniers sont pour la plupart des jeunes d’à peine vingt ans. Ils auraient dû être à l’école. Et pourtant, ce sont eux qui détiennent des armes automatiques. Ils tuent. Ils violent. Ils volent. Personne n’est épargné. Pas même les politiciens ou les affairistes qui les ont armés. Une délégation issue de l’Estère, qui devait rejoindre le lancement aux Gonaïves, n’a pas pu. La route étant bloquée par des gangs qui y faisaient parler la poudre.

« On doit reprendre notre département en main », clame Jorchemy Jean Baptiste, coordonnateur national du MNT. Pharmacien et entrepreneur, Jorchemy Jean Baptiste appelle à un nouveau leadership pour reconstruire les villes aujourd’hui dépourvues de presque tout. Fils d’un ex-maire de la commune d’Ennery, le cofondateur du mouvement plaide pour un « engagement sans faille » de la jeunesse, des paysans et des socioprofessionnels.

« Yo te gen tan, yo gaspiye l. Latibonit ta dwe grenye peyi a, yo vyole l, jodia li toutouni. Kounye a se tan chanjman ki kòmanse », enchaîne Jorchemy Jean Baptiste, dans un discours entièrement en créole. Applaudissements nourris. Il invoque les idéaux qu’il porte et dévoile les ambitions du Mouvement national pour la transparence (MNT-Toutouni). « Nous avons besoin d’une Artibonite dotée d’une banque de développement capable d’accorder des crédits, d’une Artibonite disposant de routes pour relier les communes entre elles, d’une Artibonite avec de grandes industries de transformation et de production afin de créer des emplois, d’une Artibonite placée parmi les priorités du budget national », dit-il, dans une longue anaphore. Réapplaudissements nourris.

La vieille garde des politiciens ringards qui ont livré l’Artibonite aux gangs et aux armes doit-elle commencer à s’inquiéter ? On n’en est pas encore là. Pour le moment, apprend-on à Port-au-Prince Post, le focus est mis sur l’implantation nationale du MNT. Les responsables parlent d’un frémissement citoyen qui gagne du terrain, d’une organisation qui se met en ordre de marche. Une phase de structuration accélérée censée être le prélude aux combats à venir, où le mouvement entend désormais compter.

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