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En 40 ans de démocratie (1986-2026), quel problème a-t-on déjà résolu en Haïti ?

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Partie I.

Par la Rédaction

Depuis le 7 février 1986, Haïti a construit une démocratie définie avant tout par ce qu’elle n’est plus. La dictature a pris fin. La présidence héréditaire a disparu. La censure totale n’existe plus. L’idée même d’une présidence à vie a quitté le champ politique. Cette démocratie s’est formée par soustraction.

Les structures de répression ont été démantelées. Les institutions de gouvernance n’ont pas été construites.

Au lendemain de 1986, le pays a instauré des libertés politiques sans capacité réelle d’action collective. La liberté a précédé l’organisation. L’Etat est resté faible.

En 1995, neuf ans après la chute de la dictature, Haïti a dissous son armée. Cette décision a créé un vide sécuritaire durable. Aucune force institutionnelle n’est venue le combler.

Des acteurs para-étatiques ont occupé l’espace laissé vacant : gangs, groupes armés privatisés, réseaux informels. La dissolution n’a pas été une réforme. Elle a été une amputation sans prothèse.

La pluralité des voix politiques s’est élargie. Les partis, les discours et les contestations se sont multipliés. Cette profusion n’a pas produit de maturation démocratique. Elle n’a pas renforcé l’Etat.

Quarante ans après 1986, la liberté de la presse et celle d’expression sont largement établies. Elles se sont étendues sans régulation institutionnelle solide. On peut tout dire. Sur tout. Sans contrepoids effectif. Et on s’en gargarise.

Aujourd’hui, Haïti n’est ni une dictature ni une démocratie consolidée. Le régime autoritaire a disparu. L’Etat démocratique ne s’est pas stabilisé.

Durant ces quarante années, la fin de l’autoritarisme interne a coïncidé avec une intensification de l’ingérence externe. Interventions militaires en 1994 et 2004. Missions onusiennes jusqu’en 2019. Un cycle sans fin.

Ainsi, Haïti a réussi une prouesse rare : abolir la tyrannie sans instituer l’autorité, libérer la parole sans organiser le débat, multiplier les acteurs sans écrire la pièce.

La démocratie y existe surtout comme souvenir négatif : elle n’est plus la dictature, et cela semble avoir suffi à longtemps tenir lieu de projet.

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