Jean Coulanges, le veilleur de l’invisible
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Par la Rédaction
Jean Coulanges s’est éteint le lundi 5 janvier 2026, à l’âge de 84 ans. Avec lui s’éloigne une voix patiente, une mémoire debout, un homme qui avait choisi d’habiter la culture haïtienne non comme un objet d’étude, mais comme une fidélité.
Anthropologue, professeur, musicien, il était de ces êtres rares qui refusent les frontières étroites des disciplines. Ancien enseignant à l’Université d’Etat d’Haïti et à l’Université Notre-Dame d’Haïti, il croyait que le savoir n’a de sens que lorsqu’il éclaire les racines profondes d’un peuple.
À ses étudiants, il transmettait cette conviction essentielle : la culture populaire n’est ni folklore mineur ni vestige honteux, mais une intelligence collective, digne de rigueur, de respect et de transmission.
Pendant des décennies, Jean Coulanges a sillonné les campagnes, écouté les voix que l’histoire officielle oublie, recueilli les chants, les rites, la parole fragile des communautés. Il documentait ce que le temps menace toujours d’effacer : les chants vodou, les rituels populaires, la mémoire orale, cette science discrète qui ne s’écrit pas mais se transmet.
Secrétaire permanent de la Commission nationale haïtienne de coopération avec l’UNESCO, il a mis cette exigence au service de l’institution, travaillant sans relâche à faire reconnaître, au-delà des frontières, la richesse et la légitimité du patrimoine culturel haïtien.
Administrateur culturel rigoureux, il occupait des fonctions de premier plan sans jamais se départir de l’humilité de l’homme de terrain.
Mais Jean Coulanges n’était pas un savant enfermé dans les archives. Sa voix, ample et habitée, trouvait aussi son chemin dans la musique. Avec Les Caracos Bleus et Kouidor, il chantait ce qu’il étudiait, abolissant la distance entre recherche et création.
En 2013, l’album Anonse (onze chants dédiés au panthéon vodou) venait sceller cette cohérence rare entre la pensée et le souffle, entre la science et la ferveur.
Membre fondateur de l’Institut haïtien de développement économique et social, il savait que préserver le patrimoine n’est pas un geste tourné vers le passé, mais un acte de projection : sauvegarder la mémoire, c’est armer l’avenir.
Aujourd’hui, Haïti perd l’un de ses grands gardiens de mémoire. Un homme qui a fait du savoir populaire une dignité nationale. Un homme qui a prouvé, par sa vie même, que la culture peut être à la fois connaissance, résistance et espérance.
La Commission nationale haïtienne de coopération avec l’UNESCO présente ses condoléances à sa famille, à ses proches, à ses anciens étudiants et à tous ceux qui savent que certaines morts ne sont pas des silences, mais des héritages.

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