En 222 ans d’indépendance, quel problème a-t-on déjà résolu en Haïti ?
2 min read
Par la Rédaction
La génération scroll n’est pas née inculte, elle est née sans médiation
La question n’est pas de savoir si la prochaine génération sera sauvage ou inculte. La vraie question est double : qui a méthodiquement détruit les conditions sociales de l’intelligence, et pourquoi les institutions culturelles ont-elles échoué à se réformer ?
Une partie de la génération née après 2000 n’a pas grandi dans un monde hostile aux livres : elle a grandi dans un monde où certaines formes de pensée peinent à justifier leur valeur. La différence est capitale. L’hostilité suscite la résistance ; l’indifférence produit le vide.
Autrefois, la lecture n’était pas un acte solitaire héroïque pour ceux qui y avaient accès. Elle était encadrée par des institutions : bibliothèques de quartier, clubs culturels, discussions informelles, figures d’aînés. Mais soyons honnêtes : ces structures n’ont jamais concerné qu’une fraction de la population. L’accès à la culture lettrée a toujours été un privilège de classe, masqué par le mythe méritocratique.
Aujourd’hui, ces médiations se sont affaiblies sans être remplacées par des équivalents adaptés. Le numérique n’a pas chassé la culture : il a occupé un terrain partiellement déserté. Là où les institutions traditionnelles ont renoncé à se rendre désirables, l’instantané a pris racine. Là où l’argument peine à captiver, l’émotion devient souveraine.
Le problème n’est donc pas que certains jeunes regardent TikTok, mais que pour une partie d’entre eux, ces plateformes soient devenues la principale école de représentation du monde, une école sans contradiction institutionnalisée, sans temps long imposé, sans mémoire collective cultivée.
Pourtant, réduire toute une génération à ce constat serait une erreur. Pendant que certains s’enfoncent dans le flux algorithmique, d’autres lisent, écrivent, créent des contenus sophistiqués, jonglent entre plusieurs registres avec une agilité que les générations précédentes n’avaient pas. La fracture n’est pas tant générationnelle que sociale et éducative.
Ce basculement partiel produit néanmoins un type humain fragile : expressif mais parfois peu réflexif, surinformé mais désarmé face à la complexité, hypervisible mais vulnérable aux manipulations. Une société qui n’enseigne plus le doute fabrique des certitudes fragiles. Mais une société qui idéalise son passé culturel sans reconnaître ses propres exclusions ne peut pas diagnostiquer ses maux présents.
Comment reconstruire des espaces où la pensée lente redevient désirable, sans nostalgie paralysante ni élitisme aveugle ?

Informer pour Changer

