PIB : Ronald Gabriel fait le point sur une économie toujours en deçà de son potentiel
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L’économie haïtienne traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Invité à l’émission Grands Rendez-vous économiques, animée par l’économiste Kesner Pharel, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Ronald Gabriel, a fait le point sur les derniers développements macroéconomiques et financiers du pays, dressant un constat alarmant tout en esquissant des pistes de relance.
L’année 2025 a marqué la septième année consécutive de contraction du produit intérieur brut (PIB) en Haïti. Sur cette période, la perte cumulée de richesse atteint 16 %. Une situation préoccupante, bien qu’elle ne constitue pas la pire phase de récession connue par le pays. « Il faut remonter à la période de l’embargo entre 1991 et 1994 pour observer une contraction plus sévère, dépassant 22 % », a rappelé Ronald Gabriel, soulignant qu’un rebond significatif avait alors suivi, avec une croissance cumulée de 23 % entre 1996 et 2000, dont un pic de 9,9 % en 1996.
Selon le gouverneur, si la crise sociopolitique et l’insécurité actuelles aggravent la situation, les déséquilibres macroéconomiques sont apparus bien avant ces chocs. Ces perturbations structurelles empêchent l’économie d’exploiter pleinement son potentiel et compliquent la mise en œuvre de la politique monétaire. « La politique monétaire a besoin d’un environnement stable pour être efficace. La stabilité facilite les mécanismes de transmission et permet de mieux encadrer les effets distributifs », a-t-il expliqué.
La dernière année de croissance remonte à 2018. Depuis 2019, l’économie affiche des taux négatifs, autour de -1,7 %, sans impact significatif sur la création de richesse. « Contracter -2,7 % au lieu de -3,1 % ne change pas grand-chose pour la population », a reconnu Ronald Gabriel.
Il a rappelé que la crise multidimensionnelle que traverse le pays a frappé l’ensemble des secteurs économiques, à l’exception du secteur bancaire. « L’agriculture, autrefois pilier de l’économie, s’est fortement dégradée. Sa contribution à la valeur ajoutée globale est passée de plus de 40 % à moins de 17 %. L’insécurité réduit les espaces de production agricole, avec des répercussions directes sur la stabilité du taux de change », a regretté le gouverneur.
Les secteurs de la construction et de l’industrie n’ont pas été épargnés. « Aucun secteur productif n’a résisté aux chocs sociopolitiques et sécuritaires », a déploré le gouverneur.
Face à cette situation, Ronald Gabriel estime que les politiques publiques doivent prendre le relais, dans le cadre d’une coordination étroite entre les institutions concernées. Le gouverneur affirme que la Banque centrale maintient et renforce les programmes du Groupe Croissance, lancés depuis 2013, à travers plusieurs mécanismes incitatifs.
Parmi les mesures annoncées figurent l’extension de la circulaire 130 au secteur touristique, la prolongation du moratoire en faveur des entreprises en difficulté, ainsi qu’un projet de relèvement du plafond du programme de logement résidentiel, jugé inadapté aux capacités financières actuelles de la classe moyenne.
La BRH entend également travailler sur un plan de recapitalisation des petites et moyennes entreprises (PME), considérées comme de véritables moteurs de croissance et de création d’emplois, ainsi que sur la mise en place d’un fonds de garantie destiné à faciliter la reprise du crédit au secteur productif. Ces initiatives sont menées en concertation avec le ministère de l’Économie et des Finances.
Pour le gouverneur de la Banque centrale, la relance économique passe impérativement par le rétablissement de la sécurité et de la stabilité. « La sécurité est essentielle à la création de richesse », a-t-il insisté, soulignant que la pauvreté et le manque d’opportunités économiques alimentent également l’insécurité.
Ronald Gabriel appelle ainsi à une mutualisation des efforts, tant au niveau national qu’international. Il plaide pour un meilleur alignement des partenaires techniques et financiers sur les priorités définies par les autorités haïtiennes. « Il ne faut pas disperser les efforts. La coordination est essentielle pour remettre l’économie haïtienne sur le rail de la croissance », a-t-il conclu.

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