Identité volée : comment les gangs façonnent l’image d’Haïti
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Par le Conseil de Rédaction
Un Haïtien de la classe moyenne supérieure, en vacances à Medellín (Colombie), s’attendait à parler café ou culture. Le gérant d’un restaurant chic lui demande d’où il vient. « Haïti », répond-il. L’homme sourit : « Barbecue, il vous emmerde encore là-bas ? » Stupéfaction. Sourcils levés. Comment connais-tu ce chef de gang ? « YouTube, TikTok… Je regarde ses vidéos tout le temps », répond le Colombien.
La scène dit tout : la réputation d’Haïti se construit désormais en ligne, portée par des contenus de gangs qui envahissent les plateformes et écrasent tout autre récit. Ces images virales, jamais contredites, façonnent la perception mondiale du pays. Pourtant, la transition censée redresser la nation laisse filer le contrôle du narratif. L’image d’Haïti continue de s’abîmer, jour après jour, écran après écran.
C’est un scandale. La réputation internationale d’Haïti est désormais filtrée par la présence numérique des gangs. Un étranger identifie immédiatement le pays par la figure de « Barbecue ». Réduction identitaire totale : un peuple, une culture, une histoire, mais un seul personnage médiatique.
Même un citoyen de la classe moyenne, en vacances, est ramené à l’image de son pays pris en otage.
Aujourd’hui, l’étranger détient via YouTube et TikTok un pseudo-savoir qui prime sur l’expérience quotidienne de l’Haïtien. Les gangs deviennent des marques médiatiques, des personnages globaux. Leur narratif s’impose sans médiation journalistique.
Haïti perd la bataille symbolique : l’Etat, les institutions, les élites ne produisent presque aucun contre-discours fort, structuré et continu.
La transition politique n’a pas reconquis l’espace narratif numérique. Le citoyen haïtien est identifié non par sa dignité ou ses réussites, mais par un visage criminel exporté par les algorithmes.

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