Haïti : l’ONU met les armes au centre du problème
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À Jean Denis, ils étaient soixante-dix. Morts en quelques heures. L’Artibonite, encore.
Il y a des guerres qu’on déclare. Celle-ci, on la réapprovisionne.
Jeudi, devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, à New York, Carlos Ruiz Massieu a pris la parole. Il est le représentant spécial de l’ONU en Haïti, autrement dit, l’homme qui observe au plus près ce que le pays endure, et qui en rend compte au reste du monde. Ce qu’il a dit est accablant.
Les massacres qui ensanglantent Haïti ne tombent pas du ciel. Ils ont une logistique. Des fournisseurs. Des routes. Les armes et les munitions qui alimentent les gangs entrent illégalement dans le pays, en contournant un embargo international pourtant en vigueur. Et tant que ce flux n’est pas stoppé, la violence, elle, ne s’arrêtera pas.
Massieu a décrit la crise sécuritaire avec la précision froide de celui qui a compté les morts : « Quand l’accès aux munitions est réduit, la violence diminue. Quand l’approvisionnement reprend, les attaques à grande échelle continuent. »
Ce n’est pas une intuition. C’est une observation, vérifiée sur le terrain, répétée devant les mêmes tables en bois poli des mêmes salles onusiennes. La mécanique est connue. Documentée. Et pourtant, les armes font leur route.
Les gangs haïtiens ne fabriquent pas leurs munitions. On les leur livre.
Haïti se vide de l’intérieur. 1,45 million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur même du pays. Ce ne sont pas des migrants qui ont traversé une frontière. Ce sont des Haïtiens chassés de leurs quartiers, de leurs villages, de leurs maisons, par des hommes armés qui ont fait de la terreur un instrument de gouvernance territoriale.
Pour 2026, les agences humanitaires estiment que 6,4 millions d’Haïtiens, soit plus de la moitié de la population, auront besoin d’une assistance extérieure pour survivre. De la nourriture. Des soins. Un toit. Les fondamentaux que l’Etat n’est plus en mesure de garantir.
La réunion de jeudi s’est tenue dans le cadre de la mission BINUH, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti, créé pour accompagner le pays sur trois fronts simultanément : la sécurité, la crise humanitaire et le blocage politique chronique qui paralyse les institutions depuis des années.
Le même jour, la Commission interaméricaine des droits de l’homme, organe indépendant chargé de surveiller le respect des droits fondamentaux sur le continent américain, a tiré la sonnette d’alarme sur un aspect souvent relégué au second plan : l’impact de la violence sur les enfants haïtiens.
Routes coupées par les gangs. Ecoles fermées ou transformées en abris de fortune. Centres de santé inaccessibles.
Ce que la CIDH appelle, dans son langage institutionnel, « des impacts sur le projet de vie des enfants » recouvre une réalité inquiétante : une génération entière grandit sans éducation stable, sans soins accessibles, sans perspective lisible.
Massieu a conclu en réclamant que le soutien international à Haïti soit cohérent, coordonné, aligné sur les besoins réels du pays. Des mots nécessaires. Insuffisants.
Haïti n’attend pas une meilleure rhétorique onusienne. Elle attend que quelqu’un s’intéresse enfin, concrètement, aux cales des bateaux qui accostent la nuit.

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