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Alix Didier Fils-Aimé face à l’heure de la vérité

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Par la Rédaction

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé sera-t-il celui qui achèvera la transition post-Jovenel Moïse ? Rien, dans son parcours récent, ne relève de l’épopée. Et pourtant, la gloire ou du moins ce qui en tient lieu dans les transitions haïtiennes bancales semble à ses pieds aujourd’hui.

Monsieur Fils-Aimé a survécu politiquement là où cinq conseillers-présidents avaient entrepris de l’abattre. On le croyait éjecté de la Primature il y a une semaine. Mais ce jeudi 29 janvier, il est le seul commandant à bord du bâteau. Les autres commandants ont été écrabouillés par Washington.

Cette victoire est singulière. Elle n’est ni populaire, ni idéologique, ni historique. Elle est institutionnelle, procédurale, presque administrative.

Alix Didier Fils-Aimé n’a pas triomphé par la force d’un projet ni par la substance d’un discours politique porté aux nues par le suffrage universel, mais plutôt par l’intervention orageuse de la communauté internationale.

Mais comment diriger Haïti lorsque le pays est télécommandé de l’extérieur, et que l’on a soi-même été, malgré soi, un rouage de cette télécommande ? Car c’est là le paradoxe fondateur de son pouvoir. Alix Didier Fils-Aimé a été sauvé non par un sursaut national, mais par un alignement d’intérêts internationaux soucieux de stabilité plus que de souveraineté.

Cette protection l’a maintenu en poste, mais elle l’a aussi enfermé dans une dépendance politique originelle, comme Ariel Henry avant lui.

Il sort vainqueur d’un bras de fer, mais affaibli dans sa capacité à incarner l’Etat. Il gouverne, ou s’apprête à gouverner, un pays dont les leviers essentiels échappent au contrôle national. Un pays sous surveillance, comme aimait répéter Port-au-Prince Post, comme Frantz Duval, l’éditorialiste en chef du Nouvelliste, l’a rappelé ce matin. Monsieur Fils-Aimé survit dans un champ de forces où la marge de manœuvre est étroite, surveillée, conditionnée.

Achever la transition post-Jovenel ne consistera donc pas seulement à tenir un calendrier ou à organiser des élections. Ce sera, pour Alix Didier Fils-Aimé, une épreuve autrement plus rude : prouver qu’il peut transformer une légitimité importée en autorité nationale, et une survie politique en acte de souveraineté.

Il est attendu au tournant. En politique comme en amour, l’heure de vérité arrive toujours plus vite qu’on ne le croit.

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