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Transferts de la diaspora : le pilier invisible de l’économie haïtienne

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5 milliards de dollars de transferts reçus par Haïti en 2025. Cela n’est pas un simple indicateur macroéconomique. C’est un aveu. L’économie haïtienne ne tient ni par la production, ni par l’investissement, ni par la fiscalité, mais par la fidélité affective de sa diaspora.

Ces flux, en hausse d’environ 20 %, vont d’abord aux ménages. Ils financent la survie quotidienne, soutiennent la consommation, maintiennent une activité minimale. Ils remplacent, dans les faits, des politiques sociales absentes. La diaspora agit comme un Etat-providence informel.

Ces transferts alimentent aussi le marché des dollars. Ils permettent à la Banque centrale d’intervenir pour stabiliser la gourde et contribuent à renforcer les réserves internationales, le Gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel, l’a d’ailleurs reconnu. Concrètement, cela signifie que l’État haïtien ne peut défendre sa monnaie qu’avec des devises qu’il ne produit pas et qu’il ne contrôle qu’indirectement. Sans ces dollars venus de de la diaspora, sa marge de manœuvre face aux chocs économiques serait quasi nulle. La souveraineté monétaire haïtienne est devenue relationnelle, non institutionnelle.

Mais cette stabilité est trompeuse. Elle soutient la consommation sans transformer la structure productive. Elle protège sans préparer l’avenir. C’est une économie de résistance, pas de développement. Une croissance de survie.

Il y a, certes, quelque chose de puissant dans cette économie de liens : une forme de solidarité transnationale, une capacité collective à faire tenir un pays malgré l’effondrement des institutions. Mais cette force est aussi une fragilité.

Le risque est rarement formulé : que se passera-t-il si la diaspora se lasse, si les liens se distendent, si les contraintes économiques des pays d’accueil s’accentuent ? L’équilibre actuel repose sur une variable extérieure, émotionnelle et non garantie.

Ces 5 milliards de dollars disent une chose essentielle : Haïti fonctionne encore, mais pas grâce à ses institutions. Grâce à ses liens.

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