Thu. Apr 3rd, 2025

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La colère gronde dans les rues de Port-au-Prince, la transition bascule dans une nouvelle zone de turbulences

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Non sans fracas, la transition vient de basculer dans une zone de turbulences des plus inquiétantes. Tous les signaux de la météo politique sont au rouge foncé. Le Conseil présidentiel de transition, déjà affaibli par des désaccords internes, se retrouve face à une colère populaire qui ne cesse d’enfler. La manifestation massive de ce mercredi, où des milliers de citoyens ont envahi les rues pour exiger le démantèlement des gangs armés, a rappelé une évidence : le peuple haïtien n’accorde plus aucun crédit aux formules politiques recyclées.

Pendant que les conseillers présidentiels se réunissent dans l’urgence pour tenter d’éteindre l’incendie, les acteurs internationaux observent, discutent et tranchent dans les coulisses. Washington, Ottawa, l’ONU : chacun avance ses pions, pendant que Port-au-Prince brûle. Alors que les masques tombent, une vérité dérangeante refait surface : cette transition, prétendument salvatrice, n’est qu’un prolongement du même système qui a mené le pays à l’asphyxie.

La nécessité de « tourner la page » de l’ère post-Jovenel s’impose, certes, mais pour aller vers quoi ? Une autre formule d’exception ? Un autre gouvernement provisoire, incapable d’asseoir sa légitimité ? Une énième promesse d’élections qui ne viennent jamais ? Les Haïtiens ne sont pas dupes. Ils ont vu défiler trop de comités, de comédies, de coalitions et de gouvernements de transition pour encore croire aux mots vides de sens.

Ce que révèle cette crise aux multiples visages, c’est l’effondrement de la politique elle-même, de toute la classe politique et de tous leurs tuteurs nationaux et internationaux. L’absence de vision, le déficit de leadership, la déconnexion totale entre la parole publique et la réalité vécue par les masses laborieuses urbaines et rurales. Le pays agonise, pris en tenaille entre les gangs, la misère et l’opportunisme politique. Au rythme des tractations, les prochaines semaines ne feront qu’approfondir cette fracture si aucun sursaut stratégique et éthique ne survient.

La transition actuelle n’est pas seulement contestée : elle est illisible. Ni projet clair, ni calendrier précis, ni consensus national. Dans un pays au bord de l’implosion, la médiocrité ne peut plus être une option. Il est temps que les véritables forces vives de la nation – jeunes, intellectuels, femmes, paysans, diaspora – sortent de la marge et imposent une nouvelle narration, une autre manière de penser le pouvoir et l’avenir collectif.

Sinon, l’histoire retiendra que cette transition fut celle de trop. Celle qui, au lieu de sauver Haïti, l’a précipitée dans le gouffre.


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