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Une nouvelle force, mais une crise qui s’aggrave : Haïti peut-elle tenir ses élections en 2026 ?

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La transition de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) vers la Force de répression des gangs (FRG) avait suscité un espoir prudent. Mais sur le terrain, la réalité impose un autre constat : l’autorité de l’État haïtien demeure absente de larges pans du territoire national, et la perspective d’élections crédibles semble, pour beaucoup, relever encore du vœu pieux.

Le 30 septembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution créant la Force de répression des gangs (FRG), en remplacement de la MMAS. Dotée d’un mandat robuste sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies, elle est autorisée à compter jusqu’à 5 500 policiers et militaires, avec pour mission de mener des opérations ciblées contre les gangs, sécuriser les infrastructures vitales, épauler la police et l’armée haïtiennes, et préparer la tenue d’élections libres. Les premiers effectifs de la FRG ont commencé à arriver en avril 2026.

Pourtant, l’arrivée de cette nouvelle force n’a pas mis fin à l’offensive des gangs. Selon des données vérifiées par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, au moins 5 519 personnes ont été tuées en Haïti entre le 1er mars 2025 et le 15 janvier 2026. Le sous-secrétaire de l’ONU chargé des Amériques a lui-même déclaré devant le Conseil de sécurité avoir continué à observer une nette érosion de l’autorité de l’État et de l’état de droit, la violence brutale des gangs touchant tous les aspects de la vie publique et privée.

Marchand-Dessalines sous l’emprise des gangs, Saint-Marc semble dans l’attente

Dans le département de l’Artibonite, le tableau est encore plus sombre. La commune de Marchand-Dessalines est désormais en partie occupée par des groupes armés, notamment les gangs Gran Grif et Kokorat San Ras, qui cherchent à y établir des bases permanentes.

Au micro des journalistes, le maire principal de la commune avait dressé le mois dernier un tableau alarmant, soulignant que la Police nationale d’Haïti est absente de Marchand-Dessalines depuis que les locaux de l’institution ont été incendiés en juillet 2025, ce qui empêche les quinze agents affectés à la zone d’y exercer leurs fonctions.

Cette semaine, Marchand-Dessalines est presque entièrement sous contrôle des gangs en raison de l’absence des forces de sécurité. Des communes comme Saint-Marc, Desdunes et Grande-Saline demeurent pour l’instant épargnées, mais ne sont pas pour autant en sécurité. Au début de cette semaine, plusieurs centaines de personnes ont d’ailleurs manifesté à Saint-Marc pour dénoncer l’insécurité persistante et l’emprise de groupes armés sur plusieurs localités, accusant les autorités de passivité face à la dégradation de la situation, marquée notamment par des enlèvements et des restrictions de circulation imposées par des gangs sur les principaux axes routiers.

L’expansion des gangs ne se limite pas à quelques communes isolées ; elle obéit à une logique territoriale systématique. Un rampage sanglant s’est poursuivi sur plusieurs jours fin mars 2026 dans le département de l’Artibonite, avec des groupes armés attaquant les localités de Jean-Denis et de Marchand-Dessalines, brûlant des habitations et tirant sur des civils. Des dizaines de personnes ont été tuées et des milliers forcées de fuir. Une nouvelle attaque survenue le 23 avril 2026 dans la localité de Pèlerin a déplacé environ 4 000 personnes supplémentaires vers les communes voisines de l’Artibonite.

Ces assauts soulignent la capacité des gangs à consolider leur contrôle dans un couloir allant du Centre à l’Artibonite, en tirant parti de la présence limitée des forces de sécurité. Mirebalais, dans le département du Centre, a connu en début d’année 2025 un exode massif de ses quelque 100 000 habitants. Le centre-ville de Port-au-Prince, Cité Soleil, Martissant et d’autres zones de la capitale restent sous emprise gangstériste, avec environ 90 % de Port-au-Prince sous le contrôle de groupes criminels armés selon des données souvent communiqués dans les médias.

Des élections programmées, mais dans quel environnement ?

Sur le plan institutionnel, le Conseil électoral provisoire (CEP) a multiplié les signaux de bonne volonté. Après neuf années sans élections, le CEP avait publié un calendrier électoral fixant le premier tour des scrutins législatifs et présidentiel au 30 août 2026. Le calendrier révisé prévoit 27 étapes s’étendant jusqu’en février 2027, mais les responsables du CEP mettent eux-mêmes en garde contre le risque de déraillement du processus, lié à l’aggravation de l’insécurité et au manque de financement.

Ces avertissements se sont déjà concrétisés : le CEP a été contraint d’annoncer le report des opérations d’inscription des électeurs et d’enregistrement des candidats, prévues respectivement pour le 1er et le 13 avril 2026, à la suite d’un arrêté gouvernemental qui a impacté considérablement le calendrier. L’inscription sur les listes électorales, phase cruciale du processus, dépendra fortement de la capacité du Bureau national d’identification à opérer dans les zones à risque, et les observateurs soulignent que le calendrier demeure ambitieux compte tenu du contexte actuel.

L’État absent, le doute populaire croissant

Au-delà des chiffres et des décrets, c’est la confiance de la population qui est en jeu. Dans l’Artibonite, à Kenscoff, dans les zones grises du centre-ville de Port-au-Prince, les habitants vivent sous la loi des gangs, non sous l’autorité de l’État. Les commissariats brûlés, les agents en fuite, les routes tenues par des postes de péage illégaux : autant de symboles d’un État qui peine à se faire sentir là où ses citoyens en ont le plus besoin.

La violence sexuelle utilisée comme arme de contrôle systématique, le recrutement forcé d’enfants, dont les Nations Unies estiment qu’ils constituent désormais la moitié des membres de gangs, et le déplacement d’1,4 million de personnes constituent le vrai décor dans lequel se dessinent les ambitions électorales.

Tant que Kenscoff demeurera assiégée, que Marchand-Dessalines sera sans policiers, que les routes de l’Artibonite resteront aux mains des gangs Gran Grif et Kokorat San Ras, et que le centre-ville de Port-au-Prince restera inaccessible à l’État, le scrutin 2026 restera davantage une aspiration qu’une certitude. La FRG dispose d’un mandat ambitieux. Elle ne dispose pas encore du terrain.

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