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Le Sud-Est refuse de suivre la trajectoire sécuritaire alarmante de l’Ouest et de l’Artibonite

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La double mobilisation observée les 15 et 16 avril 2026 à Jacmel dépasse le simple cadre d’une réaction émotionnelle à un drame local. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de résistance citoyenne face à l’expansion territoriale des groupes armés en Haïti. En descendant massivement dans les rues au lendemain de l’attaque sanglante de Seguin, les habitants du Sud-Est expriment une inquiétude profonde : celle de voir leur département basculer, à son tour, dans une spirale d’insécurité incontrôlable.

L’attaque perpétrée dans la nuit du 13 au 14 avril dans la localité de Seguin, commune de Marigot, constitue un tournant. Par son niveau de violence, avec plusieurs morts, des actes d’une brutalité extrême et l’incendie d’infrastructures policières, elle révèle non seulement la capacité de nuisance des groupes armés, mais aussi la fragilité des dispositifs de sécurité dans des zones jusque-là relativement épargnées. Ce type d’assaut, autrefois concentré dans l’Ouest, tend désormais à s’étendre vers d’autres régions, alimentant un sentiment d’encerclement.

Face à cette menace, la réaction des citoyens de Jacmel se veut à la fois préventive et politique. En multipliant les manifestations sur deux jours consécutifs, ils cherchent à éviter l’indifférence qui a souvent précédé la dégradation sécuritaire dans d’autres départements. Le message est clair : il s’agit d’alerter avant qu’il ne soit trop tard. En ce sens, la mobilisation traduit une forme de lucidité collective nourrie par l’observation des crises vécues ailleurs, notamment dans l’Ouest et l’Artibonite, où l’absence de réponses rapides de l’État a contribué à l’enracinement des gangs.

Cette pression populaire met également en lumière une crise de confiance envers les autorités. Les manifestants ne se contentent pas de dénoncer l’insécurité ; ils exigent des actions concrètes, immédiates et visibles. Leurs revendications pointent du doigt l’incapacité de l’État à anticiper les attaques, à protéger les institutions locales et à garantir la sécurité des citoyens. L’incendie du commissariat de Seguin et de véhicules de la Police nationale d’Haïti (PNH) illustre, à leurs yeux, un affaiblissement préoccupant de l’autorité publique.

Cependant, cette mobilisation pose aussi la question des moyens réels dont dispose l’État pour répondre à une crise sécuritaire devenue multidimensionnelle. Le déploiement de forces de l’ordre, sans stratégie globale incluant renseignement, coordination territoriale et restauration de l’autorité administrative, risque de produire des effets limités. Dans ce contexte, Jacmel apparaît comme un test : celui de la capacité des autorités à contenir l’expansion de l’insécurité avant qu’elle ne devienne structurelle.

En filigrane, ce mouvement citoyen révèle une volonté de défendre non seulement un territoire, mais aussi un modèle de vie encore relativement préservé. Le Sud-Est, connu pour son dynamisme culturel et touristique, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Laisser s’installer l’insécurité reviendrait à compromettre durablement son tissu social et économique.

Ainsi, la mobilisation de Jacmel ne doit pas être perçue comme un simple épisode de protestation, mais comme un signal d’alerte majeur. Elle interpelle directement les autorités sur l’urgence d’agir, tout en illustrant la détermination d’une population à ne pas subir le même sort que d’autres régions du pays. Reste à savoir si cet avertissement sera entendu et surtout, suivi d’effets.

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