39 ans et toujours debout
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Par la Rédaction
39 ans et toujours debout mais pour quoi faire ? 29 mars 1987. Les Haïtiens votaient leur Constitution par référendum. Ils enterraient Duvalier. Ils croyaient fonder un Etat. Trente-neuf ans plus tard, le texte existe toujours. Les institutions, beaucoup moins.
Un texte ne gouverne pas. Les hommes gouvernent. Et ici, les hommes ont appris à gouverner autour du texte. Pas contre. C’est plus propre.
Plusieurs fois depuis 1987, le pouvoir a changé de mains sans élection. Une formule a toujours été trouvée. La Constitution était là, posée sur la table. Personne ne l’a déchirée.
Ertha Pascal-Trouillot, Boniface Alexandre, Jocelerme Privert. Puis Ariel Henry, près de trois ans. Puis le Conseil présidentiel de transition. Puis Alix Didier Fils-Aimé.Des noms. Des solutions provisoires. Des hommes et des femmes chargés de gérer l’urgence en attendant que quelque chose arrive. Quelque chose n’est toujours pas arrivé.
La Constitution a des zones d’ombre. Ce n’est pas un défaut d’écriture. C’est une ressource. En cas de vacance présidentielle, tous se tournent vers le texte. Tous lisent le même article. Tout le monde arrive à une conclusion différente. C’est pratique. Cela permet à chacun d’avoir raison. Cela permet à certains de prendre le pouvoir en affirmant qu’ils appliquent la loi.
En 1987, ils voulaient en finir avec un homme qui décidait de tout. Ils ont écrit un texte qui dispersait le pouvoir. Beaucoup de contre-pouvoirs. Beaucoup de verrous. L’idée était bonne. L’idée était que plus personne ne pourrait faire ce que Duvalier avait fait.
Mais un verrou sans gardien, c’est du métal. Les institutions étaient là sur le papier. Elles ne se sont jamais vraiment levées.
Aujourd’hui, Il reste un texte. Il a trente-neuf ans. Il a survécu aux coups d’Etat, aux tremblements de terre, au président assassiné, aux gangs, aux transitions et aux solutions provisoires qui durent. C’est quelque chose. Mais en 2026, Haïti n’a pas de président élu. Le pays tient sur des arrangements.
Certains pensent qu’il faut réformer la Constitution. Que le texte bloque. Que les verrous sont devenus des pièges. D’autres estiment qu’il ne faut pas y toucher. Que c’est le dernier rempart.
Les deux camps ont peut-être raison.
Mais les gens qui ont voté le 29 mars 1987 avaient entre vingt et quarante ans. Ils en ont cinquante-neuf à soixante-dix-neuf aujourd’hui. Ils ont vu beaucoup de choses qu’ils n’avaient pas prévu de voir. Leurs enfants ont grandi dans un pays sans stabilité durable. Leurs petits-enfants grandissent dans un pays en guerre civile de fait. La Constitution est toujours là. C’est une forme de promesse non tenue. Ou une promesse que personne n’a encore réussi à tenir.
Le débat reste ouvert, dit-on. Mais les gens, eux, n’attendent plus le débat. Ils attendent autre chose. Quelque chose que la Constitution, seule, n’a jamais pu leur donner.
La paix. Juste cela.

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