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Transport aérien en Haïti : Sunrise Airways répond aux critiques

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Crédit photo : Nadia Todres

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Face au tourbillon médiatique suscité par la signature du protocole d’accord entre le gouvernement haïtien et Sunrise Airways, dans le cadre du rétablissement des vols domestiques, Port-au-Prince Post s’est entretenu avec le PDG de la compagnie aérienne haïtienne, Monsieur Philippe Bayard. De la politique tarifaire à la nature de sa relation avec l’État haïtien, en passant par l’absence de réelle concurrence dans le secteur, aucune question n’a été éludée. Entre justifications économiques et impératif de transparence, Sunrise Airways reconnaît la frustration de ses clients, mais insiste sur les coûts élevés que nécessite l’exploitation de vols réguliers dans un pays confronté à une crise multidimensionnelle depuis plusieurs années. Port-au-Prince Post publie, in extenso, les réponses de la compagnie au questionnaire qui lui a été transmis la semaine écoulée. Interview.

Pappost : À l’heure où l’économie tourne au ralenti, comment expliquer que les billets proposés par Sunrise atteignent de tels sommets tarifaires ?
 
Sunrise : C’est une question légitime. La réalité, c’est que le contexte opérationnel en Haïti est aujourd’hui l’un des plus complexes au monde pour une compagnie aérienne. Plusieurs facteurs objectifs expliquent cette hausse des coûts :
• Assurances aériennes : en raison du classement d’Haïti en zone de très haut risque, les primes d’assurance ont augmenté de 60 %, alors même que la couverture a diminué considérablement.
• Carburant : bien que le prix du carburant baisse ailleurs, en Haïti, il est fortement majoré par les contraintes logistiques, l’insécurité et les taxes locales. Il représente désormais jusqu’à 40 % de nos coûts.
• Location des avions : les loueurs intègrent un surcoût lié au risque pays. Cela rend le coût de chaque heure de vol beaucoup plus élevé qu’ailleurs.
• Maintenance : l’impossibilité de transiter directement avec la République dominicaine allonge considérablement les trajets techniques nécessaires à l’entretien, générant des surcoûts significatifs en carburant, repositionnement, et temps homme.
• Logistique et sécurité des équipes : Sunrise doit loger et transporter son personnel dans des conditions sûres, souvent hors de Port-au-Prince et dans des hôtels. Cela implique des dépenses supplémentaires importantes.
• Taxes fixes : les taxes aéroportuaires, de sécurité, de douane et d’immigration restent dues, quelles que soient les conditions.
 
Nous comprenons que les tarifs puissent choquer, mais ils reflètent une situation exceptionnelle, où chaque vol est un défi logistique et financier.
 
La crise sécuritaire exceptionnelle que nous vivons se traduit par des surcoûts importants dans tous les secteurs de la vie nationale.

Pappost: Que répondez-vous aux plaintes, de plus en plus nombreuses, concernant la qualité du service offert aux usagers ? Ces voix qui s’élèvent témoignent-elles d’un simple mécontentement passager ou d’un malaise plus structurel ?
 
Sunrise : Les critiques des passagers, notamment depuis le déplacement de nos opérations vers l’aéroport de Cap-Haïtien, sont entendues.
Ce déplacement était nécessaire pour maintenir une connexion vitale entre Haïti et l’international, à la suite de la fermeture de l’aéroport de Port-au-Prince en novembre 2024. Cependant, cette transition s’est faite dans des conditions d’urgence, dans un aéroport sous-dimensionné pour accueillir un tel trafic.
 
Cela a généré des retards, des problèmes de communication et des tensions compréhensibles. Nous en sommes conscients, et nous nous excusons auprès de ceux qui en souffrent.

Nos équipes travaillent chaque jour à rétablir un service de meilleure qualité malgré les contraintes. Car au cœur de notre mission, il y a un principe simple : « connecter les gens, les familles, les opportunités ».

Pappost : Sunrise, à tort ou à raison, est perçue comme le visage du monopole aérien en Haïti. Cette image vous semble-t-elle injuste ou révélatrice d’une réalité plus complexe qu’il faut bien regarder en face, et qu’il faut expliquer au grand public ?
 
Sunrise : Sunrise ne bénéficie d’aucun monopole légal. Nous ne recevons aucune exclusivité de l’État, ni subvention, ni protection particulière d’aucune institution gouvernementale ou de régulation.
S’il n’y a aujourd’hui qu’une seule compagnie opérant certaines liaisons, c’est parce que le contexte sécuritaire et économique dissuade d’autres opérateurs d’y entrer ou d’y rester. Avant les incidents de 2024, il y avait plusieurs compagnies étrangères et haïtiennes opérant sur les liaisons internationales. Elles ont toutes suspendu leurs vols.

Pourquoi ? Parce qu’aucune compagnie d’assurance n’accepte de couvrir les risques actuels en Haiti. Nous, nous avons continué, avec des couvertures limitées et des coûts multipliés. Ce n’est pas un monopole, c’est un engagement.

Pappost : Il se murmure avec insistance que Sunrise ne verrait pas d’un bon œil l’arrivée de potentiels concurrents sur le marché. Cette suspicion est-elle réellement fondée, ou reflète-t-elle plutôt le ras-le-bol d’une opinion publique à bout de souffle, lasse de voir quelques oligopoles s’accaparer les secteurs vitaux du pays depuis plus deux siècles ?
 
Sunrise : Sunrise n’a jamais empêché quiconque d’entrer sur le marché. Nous croyons à la concurrence lorsqu’elle est saine, réglementée et équitable.

Mais il faut distinguer la concurrence loyale de l’improvisation. L’aérien est un secteur exigeant, où la sécurité ne supporte aucune approximation. En Haïti, les contraintes rendent l’entrée sur le marché encore plus difficile.

Plusieurs compagnies ont vu le jour ces dernières années sans certification, sans mécanismes de protection des passagers, et ont cessé leurs activités du jour au lendemain, parfois en laissant des familles bloquées à l’étranger.

Sunrise est présente depuis 13 ans. Elle paie ses taxes, respecte les réglementations locales et internationales, forme ses équipages et assure ses vols dans les règles. La vraie concurrence ne nous fait pas peur : nous l’appelons de nos vœux, mais dans un cadre juste et transparent.

Depuis le début de nos opérations, nous avons fait la concurrence à pas moins de 8 compagnies aériennes étrangères et 3 compagnies aériennes locales.

Pappost : Comment les prix des billets sont-ils réellement fixés ? Et surtout, quelles conditions concrètes pourraient permettre, à court ou moyen terme, une baisse significative en faveur des voyageurs  ?
 
Sunrise : Les prix sont calculés selon des critères très concrets :
• Coûts d’exploitation (avion, équipage, maintenance, carburant)
• Coûts indirects (assurances, sécurité, logement, logistique)
• Taxes (aéroportuaires, gouvernementales)
À l’avenir, une baisse des tarifs serait possible si certains facteurs s’amélioraient :
• Stabilisation de la sécurité, entraînant une baisse des primes d’assurance et des coûts de carburants ;
• Réouverture de routes logistiques, réduisant les détours ;
• Allégements fiscaux sur les billets ou le carburant ;
• Entrée de nouveaux opérateurs capables d’assumer ces mêmes contraintes.

Pappost : Dans le cadre de l’accord annoncé avec l’État haïtien, à quelles exigences précises Sunrise devra-t-elle répondre pour encaisser les montants publics évoqués ? Transparence, redevabilité : où en est-on réellement ?

Sunrise : Non. Sunrise n’a reçu AUCUN argent de l’État haïtien.
Ce qui a été mis en place, c’est une garantie d’État, sous la forme d’une lettre de crédit bloquée, destinée à compenser partiellement l’insuffisance de notre couverture d’assurance en cas de sinistre.

Cette garantie n’est ni un financement, ni une subvention. Elle n’est accessible que dans un seul cas : l’indemnisation de victimes, si un événement dramatique venait à survenir.

En parallèle, Sunrise continue de payer ses primes d’assurance, qui ont été multipliées par deux depuis les incidents de 2024. Sans cette garantie, aucune compagnie ne pourrait opérer en toute conformité vers Port-au-Prince.
C’est la formule retenue par d’autres pays qui connaissent une situation sécuritaire particulière. Le Gouvernement d’Israel vient de mettre en place une garantie similaire de $8 milliards pour permettre aux compagnies aériennes de continuer à fonctionner.

Pappost : Est-ce vrai qu’au sein du secteur privé des affaires, vous ête allergiques aux fondamentaux de la libre concurrence et l’économie de marché?
 
Sunrise : Non, bien au contraire. Sunrise opère dans un environnement très difficile, souvent sans filet, avec des exigences réglementaires internationales élevées. La concurrence fait partie intégrante de l’économie du transport aérien, mais elle doit être encadrée, responsable, et transparente. D’ailleurs, comme nous l’avons précisé plus haut : dans le passé, nous avons fait la concurrence à pas moins de 8 compagnies aériennes étrangères et 3 compagnies aériennes locales. 

Ce que nous dénonçons, ce ne sont pas les concurrents sérieux, mais les pratiques qui mettent en danger les passagers ou faussent le jeu : compagnies non certifiées, absence de régulation, contournement fiscal ou opérationnel.

Nous ne sommes pas allergiques à la concurrence, nous sommes engagés en faveur d’une aviation sûre, fiable, et durable pour Haïti et la région, une aviation qui respecte les règles internationales en application dans le secteur. Que répondez-vous aux plaintes, de plus en plus nombreuses, concernant la qualité du service offert aux usagers ? Ces voix qui s’élèvent témoignent-elles d’un simple mécontentement passager ou d’un malaise plus structurel ?
 
Sunrise :

Les critiques des passagers, notamment depuis le déplacement de nos opérations vers l’aéroport de Cap-Haïtien, sont entendues.

Ce déplacement était nécessaire pour maintenir une connexion vitale entre Haïti et l’international, à la suite de la fermeture de l’aéroport de Port-au-Prince en novembre 2024. Cependant, cette transition s’est faite dans des conditions d’urgence, dans un aéroport sous-dimensionné pour accueillir un tel trafic.
 
Cela a généré des retards, des problèmes de communication et des tensions compréhensibles. Nous en sommes conscients, et nous nous excusons auprès de ceux qui en souffrent.

Nos équipes travaillent chaque jour à rétablir un service de meilleure qualité malgré les contraintes. Car au cœur de notre mission, il y a un principe simple : « connecter les gens, les familles, les opportunités ».

Pappost : Sunrise, à tort ou à raison, est perçue comme le visage du monopole aérien en Haïti. Cette image vous semble-t-elle injuste ou révélatrice d’une réalité plus complexe qu’il faut bien regarder en face, et qu’il faut expliquer au grand public ?
 

Sunrise : Sunrise ne bénéficie d’aucun monopole légal. Nous ne recevons aucune exclusivité de l’État, ni subvention, ni protection particulière d’aucune institution gouvernementale ou de régulation.

S’il n’y a aujourd’hui qu’une seule compagnie opérant certaines liaisons, c’est parce que le contexte sécuritaire et économique dissuade d’autres opérateurs d’y entrer ou d’y rester. Avant les incidents de 2024, il y avait plusieurs compagnies étrangères et haïtiennes opérant sur les liaisons internationales. Elles ont toutes suspendu leurs vols.

Pourquoi ? Parce qu’aucune compagnie d’assurance n’accepte de couvrir les risques actuels en Haiti. Nous, nous avons continué, avec des couvertures limitées et des coûts multipliés. Ce n’est pas un monopole, c’est un engagement.

Pappost : Il se murmure avec insistance que Sunrise ne verrait pas d’un bon œil l’arrivée de potentiels concurrents sur le marché. Cette suspicion est-elle réellement fondée, ou reflète-t-elle plutôt le ras-le-bol d’une opinion publique à bout de souffle, lasse de voir quelques oligopoles s’accaparer les secteurs vitaux du pays depuis plus deux siècles ?
 
Sunrise : Sunrise n’a jamais empêché quiconque d’entrer sur le marché. Nous croyons à la concurrence lorsqu’elle est saine, réglementée et équitable.

Mais il faut distinguer la concurrence loyale de l’improvisation. L’aérien est un secteur exigeant, où la sécurité ne supporte aucune approximation. En Haïti, les contraintes rendent l’entrée sur le marché encore plus difficile.

Plusieurs compagnies ont vu le jour ces dernières années sans certification, sans mécanismes de protection des passagers, et ont cessé leurs activités du jour au lendemain, parfois en laissant des familles bloquées à l’étranger.

Sunrise est présente depuis 13 ans. Elle paie ses taxes, respecte les réglementations locales et internationales, forme ses équipages et assure ses vols dans les règles. La vraie concurrence ne nous fait pas peur : nous l’appelons de nos vœux, mais dans un cadre juste et transparent.

Depuis le début de nos opérations, nous avons fait la concurrence à pas moins de 8 compagnies aériennes étrangères et 3 compagnies aériennes locales.

Pappost : Comment les prix des billets sont-ils réellement fixés ? Et surtout, quelles conditions concrètes pourraient permettre, à court ou moyen terme, une baisse significative en faveur des voyageurs  ?
 

Sunrise : Les prix sont calculés selon des critères très concrets :
• Coûts d’exploitation (avion, équipage, maintenance, carburant)
• Coûts indirects (assurances, sécurité, logement, logistique)
• Taxes (aéroportuaires, gouvernementales)
À l’avenir, une baisse des tarifs serait possible si certains facteurs s’amélioraient :
• Stabilisation de la sécurité, entraînant une baisse des primes d’assurance et des coûts de carburants ;
• Réouverture de routes logistiques, réduisant les détours ;
• Allégements fiscaux sur les billets ou le carburant ;
• Entrée de nouveaux opérateurs capables d’assumer ces mêmes contraintes.

Pappost : Dans le cadre de l’accord annoncé avec l’État haïtien, à quelles exigences précises Sunrise devra-t-elle répondre pour encaisser les montants publics évoqués ? Transparence, redevabilité : où en est-on réellement ?

Sunrise : Non. Sunrise n’a reçu AUCUN argent de l’État haïtien.
Ce qui a été mis en place, c’est une garantie d’État, sous la forme d’une lettre de crédit bloquée, destinée à compenser partiellement l’insuffisance de notre couverture d’assurance en cas de sinistre.

Cette garantie n’est ni un financement, ni une subvention. Elle n’est accessible que dans un seul cas : l’indemnisation de victimes, si un événement dramatique venait à survenir.

En parallèle, Sunrise continue de payer ses primes d’assurance, qui ont été multipliées par deux depuis les incidents de 2024. Sans cette garantie, aucune compagnie ne pourrait opérer en toute conformité vers Port-au-Prince.

C’est la formule retenue par d’autres pays qui connaissent une situation sécuritaire particulière. Le Gouvernement d’Israel vient de mettre en place une garantie similaire de $8 milliards pour permettre aux compagnies aériennes de continuer à fonctionner.

Pappost : Est-ce vrai qu’au sein du secteur privé des affaires, vous ête allergiques aux fondamentaux de la libre concurrence et l’économie de marché?
 
Sunrise : Non, bien au contraire. Sunrise opère dans un environnement très difficile, souvent sans filet, avec des exigences réglementaires internationales élevées. La concurrence fait partie intégrante de l’économie du transport aérien, mais elle doit être encadrée, responsable, et transparente. D’ailleurs, comme nous l’avons précisé plus haut : dans le passé, nous avons fait la concurrence à pas moins de 8 compagnies aériennes étrangères et 3 compagnies aériennes locales. 

Ce que nous dénonçons, ce ne sont pas les concurrents sérieux, mais les pratiques qui mettent en danger les passagers ou faussent le jeu : compagnies non certifiées, absence de régulation, contournement fiscal ou opérationnel.

Nous ne sommes pas allergiques à la concurrence, nous sommes engagés en faveur d’une aviation sûre, fiable, et durable pour Haïti et la région, une aviation qui respecte les règles internationales en application dans le secteur.

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